Depuis ce 8 mai, nous avons un nouveau Président et je publie un nouveau billet. Un hasard ? Je ne crois pas...Depuis ce 8 mai, nous avons un nouveau Président et je publie un nouveau billet. Un hasard ? Je ne crois pas...Depuis ce 8 mai, nous avons un nouveau Président et je publie un nouveau billet. Un hasard ? Je ne crois pas...Depuis ce 8 mai, nous avons un nouveau Président et je publie un nouveau billet. Un hasard ? Je ne crois pas...Depuis ce 8 mai, nous avons un nouveau Président et je publie un nouveau billet. Un hasard ? Je ne crois pas...Depuis ce 8 mai, nous avons un nouveau Président et je publie un nouveau billet. Un hasard ? Je ne crois pas...Depuis ce 8 mai, nous avons un nouveau Président et je publie un nouveau billet. Un hasard ? Je ne crois pas...

samedi 28 décembre 2013

A Pierre...

Pour beaucoup, cette année là ne fut pas comme les autres. Pour Charles De Gaulle par exemple qui vit son autorité bafouée à coups de pavés par une jeunesse insolente avide de liberté. Pour moi, c'était la fin de ma laborieuse scolarité. En attendant mon prochain départ pour l'Allemagne pour y effectuer mon service militaire, j'étais dans la Nièvre pour récupérer un peu des efforts déployés pour décrocher mon diplôme. Mes parents avaient acheté une bâtisse dans un village nivernais et en attendant que les travaux l'aient rendu habitable, ils louaient une maison pour les vacances d'été…

Cette nuit là, Je ne dormais que d'un œil dans une chambre au rez de chaussée car demain était prévue une grande partie de pêche…
Quelques coups discrets frappés contre la vitre achevèrent de me réveiller. Quoi, j'aurai manqué l'heure du rendez-vous en me rendormant ? Un coup d'œil au réveil me rassura : non, il était seulement 4H. Dans le jardin, Pierre me faisait signe de m'activer, ce que je fis sans tarder.
Quelques minutes plus tard, nous roulions sur les petites routes de campagne. 
Pas âme qui vive, à l'exception des lapins qui se dressent affolés dans le faisceau des phares. L'autoradio nous crache les tubes de l'époque quand soudain la musique s'interrompt pour laisser place à la nouvelle de la nuit : les troupes du Pacte de Varsovie ont envahi la Tchécoslovaquie pour mettre fin au Printemps de Prague et replonger pour de longues années ce pays dans la nuit du communisme.
Il en fallait plus pour nous perturber, d'autant que nous étions arrivés aux étangs de Vaux.
Le jour se lève sur ces grandes étendues d'eau noyées dans la brume, entourées de grands arbres projetant leurs ombres fantomatiques sur ce miroir, dans un silence seulement troublé par les coassements des grenouilles. Dérangé par notre arrivée, un héron s'envole en poussant un cri de mécontentement.
Un instant d'éternité…

Mais nous ne sommes pas là pour philosopher, place aux choses sérieuses.
Tout d'abord, amorcer le coup : il s'agit d'attirer le poisson en jetant dans l'eau une pâte amoureusement préparée la veille, contenant tout ce qui est censé attiser leur gourmandise. Attention, le jeté doit avoir la précision du geste auguste du semeur. Ensuite, la tenue : bleu de travail, bottes, tablier de jardinier et chapeau de paille ; puis choisir soigneusement l'emplacement où installer son siège. La berge ne doit pas être abrupte mais descendre en pente douce de
telle façon que le fauteuil puisse être bien calé dans quelques centimètres d'eau ; déballage du matériel, canne, accessoires, appâts …chacun disposé à la place adéquat ; vient alors le choix mûrement réfléchi du bouchon (couleur, forme, longueur) et de l'hameçon. Dernière opération délicate nécessitant une précision de chirurgien, l'accrochage de l'appât ; Un petit coup de sonde pour évaluer la profondeur de l'eau et enfin, le moment tant attendu : les bras levés au-dessus de la tête, canne bien en mains légèrement en arrière, les yeux posés sur l'alignement bouchon-hameçon, légère rotation du buste et ample fouetté pour propulser la ligne à l'eau. 
C'est parti !
Hélas, un arbre mal intentionné étant venu se poster discrètement derrière l'innocent pêcheur, la ligne s'accroche dans les branches. Impossible de la récupérer, il ne reste plus qu'à tirer jusqu'à ce que le fil casse. Bienheureux encore que le bouchon retombe et ne reste pas suspendu à trois mètres du sol, narguant le malheureux pêcheur.
"Pétard" !
Pierre ne jure pas, ne s'énerve pas. Juste ce "Pétard" rigolard ! 
Pas découragé pour deux sous, tranquillement, méthodiquement, il remonte une ligne et effectue un nouveau lancer en jetant un œil aux branches perfides.
Ploc !
La ligne a plongé, le bouchon s'est redressé, il n'y a plus qu'à attendre.
Je revois cette silhouette immobile, le regard guettant le moindre frémissement du bouchon. Je ne jurerais pas que de temps en temps une légère somnolence ne venait pas diminuer sa vigilance
Une journée magnifique qui reste gravé dans ma mémoire. 
Demain matin, comme tous les matins, le jour va se lever au-dessus des ces grandes étendues d'eau noyées dans la brume, entourées de grands arbres projetant leurs ombres fantomatiques sur ce miroir…..
Mais il n'y aura plus de partie de pêche.
C'était il y a 45 ans. 
C'était hier…
C'était Pierre, mon oncle.